La consultation publique sur l’autorisation environnementale du centre de rétention administrative (CRA) est ouverte jusqu’au 23 juillet.
C’est l’une des dernières occasions d‘interpeller l’État sur les conséquences écologiques et humaines de ce projet.
Ne laissons pas ce dossier se décider dans le silence.
Dans le cadre de cette consultation publique, nous avons déposé la contribution suivante.
Elle expose les raisons de notre opposition à un projet que nous jugeons inacceptable, tant sur le plan écologique que sur celui des droits humains.
Notre contribution :
Les élu.es du groupe Insoumis et Citoyen à la Ville de Nantes soumettent la contribution suivante à la consultation public préalable à la délivrance de l’autorisation environnementale nécessaire à la création du Centre de Rétention Administrative (CRA)
La séquence « éviter, réduire, compenser » a été vidée de son sens dans le dossier présenté. Presque rien n’est évité, les impacts sont trop peu réduits, et la compensation des impacts proposée est trop tardive et faite de manière dispersée, sur un périmètre déraisonnablement large.
La parcelle d’implantation du projet est recouverte de milieux riches et variés : prairies, bois, chênaies, points d’eau. Ces milieux abritent différentes espèces d’oiseaux et d’insectes considérées comme vulnérables ou menacées sur la Liste Rouge nationale. Les écologues définissent l’impact du projet de CRA comme “fort”, mettant donc en danger direct la biodiversité du site et de ses environs. De nombreux arbres et autres végétaux ont déjà été arrachés et le projet prévoit encore de nouvelles destructions.
Le cadre et les différentes espèces végétales de la parcelle constituent un véritable îlot de fraîcheur pour les habitants. Le projet de CRA s’inscrit dans une artificialisation plus large de près de 50 hectares destinés à la construction de logements, entraînant la disparition de l’un des derniers poumons verts de Nantes.
Les sites compensatoires n’ont fait l’objet d’aucun état initial sérieux. Le sort des arbres de la zone d’impact n’est même pas chiffré. Et le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel a rendu le 9 avril un avis défavorable, notamment parce qu’aucune solution alternative sérieuse n’a été examinée.
Autrement dit : on nous demande d’accepter la destruction d’une tête de bassin versant, d’une zone humide, d’un espace vivant, d’un morceau de ville encore respirable, pour construire un centre d’enfermement.
Bétonner le Bois Dormant, détruire un écosystème qui abrite des espèces protégées, sacrifier l’un des rares espaces verts du secteur, tout cela pour un projet à près de 40 millions d’euros : sur le terrain du droit de l’environnement, ce projet raciste et écocidaire est indéfendable.
Oui, nous défendons la zone humide, les arbres, les espèces protégées, le bassin versant, les sols, l’eau, les continuités écologiques. Mais nous défendons aussi les droits humains.
Car ce que ce projet piétine, ce n’est pas seulement le droit du vivant non humain. C’est
aussi la dignité humaine. Un centre de rétention enferme des êtres humains qui n’ont commis ni crime ni délit, pour le seul motif qu’ils n’auraient pas les « bons papiers ». Et il les enferme selon des textes qui, de fait, prolongent une logique coloniale d’exception.
Un CRA sert à afficher de la fermeté. Il sert à nourrir la suspicion. Il sert à entretenir
l’amalgame entre immigration et insécurité. Il sert à faire croire que le problème, ce serait
l’étranger, quand le vrai problème, c’est la politique antisociale, la précarité, l’abandon des
services publics, la violence des frontières et l’échec organisé de l’accueil.
La même rationalité traite les vivants comme des variables d’ajustement. Les arbres deviennent compensables ailleurs. Les sols deviennent aménageables. Les cours d’eau deviennent déplaçables. Les personnes deviennent enfermables. Les droits deviennent secondaires. La dignité devient négociable. Nous refusons cette logique.
Et c’est précisément pour cela que notre opposition ne peut pas être seulement
environnementale.
Le rapport 2025 des associations habilitées en rétention le démontre chiffres à l’appui : près des deux tiers des enfermements administratifs ont lieu outre-mer, dans les territoires hérités de la colonisation, sous un régime dérogatoire qui prive les personnes du recours suspensif de droit commun.
C’est l’héritier direct du régime de l’indigénat : hier on dérogeait au droit commun parce
qu’on avait affaire à des « indigènes », aujourd’hui parce qu’on a affaire à des « territoires »
ou à des « étrangers ». Le vocabulaire a changé ; la fonction, non. A Nantes, la création d’un CRA sera synonyme de chasse aux migrants, de suspicion envers les personnes identifiées comme racisées dans l’espace public, dans une ville qui a vocation à accueillir avec dignité, à devenir une ville refuge.
Les CRA ne sont pas qu’un enjeu local ni même national, ils s’inscrivent dans une logique d’externalisation des frontières européennes. Ils sont la première étape d’une politique Européenne de déportation des personnes privées de papiers vers d’autres centres de rétention en dehors de l’Europe, financés par nos Etats. Par notre opposition au CRA de Nantes, c’est à tout ce système raciste de déportation que l’on s’oppose.
Nous, élu.es insoumis.es, assumons que l’écologie et l’antiracisme ne sont pas deux combats séparés, mais deux manières de défendre la vie contre les logiques de domination. La préfecture demande le droit de piétiner le droit des espèces vivantes, le droit des cours d’eau, le droit des arbres, mais aussi les droits de l’Homme.
La même rationalité traite donc les vivants, humains comme non-humains, en variables
d’ajustement d’une politique sécuritaire et raciste. Nous devons collectivement participer à mener un rapport de force politique avec le Ministère de l’Intérieur, pour refuser que la continuité coloniale de l’État se construise sur le territoire de notre commune.
Pour le vivant
Pour la dignité
Pour le droit
Pas de CRA à Nantes, pas de CRA en Loire-Atlantique, pas de CRA ni ici, ni ailleurs.
Les élu.es du groupe Insoumis et Citoyens – Nouvelle Nantes