Plan de sortie de l’insécurité à Nantes

Plan de sortie de l'insécurité à Nantes

Une nouvelle doctrine pour assurer la sûreté des nantaises et des nantais

LE TOURNANT SÉCURITAIRE DANS LES POLITIQUES FRANÇAISES : 

Depuis les années 1970, la France a amorcé un tournant sécuritaire. Les gouvernements successifs se sont progressivement inscrits dans une gestion de l’ordre ayant pour logique première une répression systématique, reléguant la prévention au second plan. Ce basculement est initié par la droite de Pierrefitte avec l’adoption de la loi “sécurité et liberté” en 1981 pendant la présidence de Valéry Giscard D’Estaing. Ce changement de paradigme ira au-delà des clivages politiques, allant jusqu’à s’imposer à gauche. Lors du colloque de Villepinte en 1997, le gouvernement Jospin affirmait vouloir “des villes sûres pour des citoyens libres”. 

La présidence de Jacques Chirac marque une nouvelle étape dans cette dynamique. En propulsant Nicolas Sarkozy au poste de ministre de l’intérieur en 2002, l’Etat valide pleinement la primauté de l’ordre et l’omniprésence médiatique de la réponse policière comme principale réponse à l’insécurité. Tout cela mènera 5 ans plus tard, à l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence en 2007, faisant de la sécurité son cheval de bataille politique. Cette fuite en avant sécuritaire est aujourd’hui profondément ancrée dans les logiques politiques françaises. Aucun des présidents ni des gouvernements qui se sont succédé, de François Hollande à Emmanuel Macron, n’a réellement cherché à rompre avec cette dynamique. Au contraire, tous ont contribué à l’entretenir et à l’intensifier, la renforçant toujours davantage.

… MAIS UN PARADOXE DU SENTIMENT D’INSÉCURITÉ :

Cette trajectoire a instauré une surenchère de moyens : extension de la vidéoprotection, armement massif des polices municipales et durcissement des contrôles et des sanctions pénales. Cependant, ce recours quasi exclusif à la force, à la surveillance et à la punition se heurte aujourd’hui à un constat d’échec : malgré l’intensification de la pression répressive, l’insécurité ne cesse de grandir et de se radicaliser. 

Par exemple, si l’on se réfère à l’enquête Vécu et Ressenti en matière de sécurité (VRS) de 2024, le sentiment d’insécurité est une variable qui ne cesse d’augmenter d’années en années : 

  • Sentiment Insécurité (SI) dans les quartiers ou le village + 8 %
  • SI au domicile + 13 %
  • SI dans les transports + 6 %
  • renoncement à sortir seul de chez soi + 10 %

Ce paradoxe souligne l’essoufflement d’un modèle national qui semble avoir perdu le contrôle du terrain, une réalité dont la métropole nantaise est devenue, en quelques années, l’un des exemples les plus criants. 

FOCUS SUR NANTES 

À Nantes la thématique de l’insécurité fait couler beaucoup d’encre. La médiatisation et son exploitation politique placent la question de la sécurité parmi l’une des plus importantes dans cette future élection municipale. 

En effet, depuis quelques années, nous observons une médiatisation de plus en plus fréquente, voir omniprésente, de faits de délinquances et d’incivilités liés à la ville de Nantes et sa métropole. Si l’on se fie à la couverture médiatique de plus en plus large de la délinquance à Nantes, nous pouvons conclure qu’elle deviendrait invivable et non fréquentable ; voir même qu’elle serait au même niveau de dangerosité que des villes comme Bogota (selon le site participatif Numbeo). Dans le même temps, la droite n’hésite pas à instrumentaliser cette image ; et cela dans le seul but de cristalliser les peurs, attaquer la mairie de gauche sur son prétendu laxisme et se placer comme l’unique solution. Or ce discours est purement performatif et participe à créer un profond mal-être, de la haine, de la colère. 

Pourtant, aujourd’hui à Nantes, on observe un réel décalage entre les chiffres des crimes et délits et le sentiment d’insécurité. Le portrait dépeint par les médias et la droite, ne passe pas l’épreuve des statistiques : 

Tableau récapitulatif des données d’insécurité d’après l’observatoire de tranquillité publique AURAN, Ministère de l’intérieur (4001), 2023 :

Catégorie pénaleSous catégorie pénaleEffectif faitsEvolution (2018-2023)Placement parmis les 22 métropoles
Atteintes aux personnescoups et blessures volontaires3012+0,522/22
autres coups et blessures (fait commis la nuit, sur la voie publique)(sous catégorie de CetB)1455-0,322/22
vols violents avec armes121-0,13/22
vols violents sans armes773-1,113/22
Atteintes aux biensvol avec violence sur personne9243-5,611/22
vol véhicule 2976+0,52/22
vol dans véhicule5705-7,98/22
dégradations volontaires5775-3,520/22
StupéfiantsUsage de drogue1820+0,920/22
Trafic de drogue436+0,213/22
Autres faitsHomicidepas disponibles à l’échelle nantaise

Effectivement, les chiffres nous montrent que les faits de délinquance agissant le plus sur le sentiment de peur (atteintes aux personnes notamment) sont en baisse et/ou suivent les courbes nationales.

Ainsi, à Nantes, la situation sécuritaire est loin du discours alarmiste dressé dans le débat public. D’autant plus que plusieurs autres grandes villes dirigées par la droite, comme Nice ou Toulouse, connaissent des niveaux d’insécurité objectivement plus élevés, malgré des politiques très axées sur la répression, larmement et la vidéo-surveillances. 

Cela démontre une chose simple : la surenchère sécuritaire ne garantit ni la sécurité réelle, ni le sentiment de sécurité. Pourtant, jusqu’ici les pouvoirs publics ont répondu à cette problématique seulement sur le prisme de la surenchère sécuritaire consistant à multiplier la présence policière, faire des opérations coup de point, sans jamais chercher à imposer un autre paradigme…

LA NOUVELLE NANTES ET SON PROJET SOLIDE POUR LA SÛRETÉ : 

Le sentiment d’insécurité est présent et s’est fortement ancré dans l’imaginaire collectif à Nantes. Il devient urgent d’essayer de le comprendre pour le prendre en charge. Nous avons un autre projet : aller au fond des choses.

La mairie, qui a des compétences en urbanisme, écoles, action sociale, culture & sport, et sécurité locale, peut tout à fait mettre en œuvre des choses pour prendre en charge ce sentiment d’insécurité et garantir une tranquillité publique. Pour cela, elle doit avoir le courage politique de penser sur le long terme, pour obtenir des résultats profonds et durables, car la délinquance est un phénomène complexe et plurifactorielle, qui nécessite des solutions prenant en compte cette complexité. C’est alors que la liste de la Nouvelle Nantes s’efforce de proposer un plan d’action pour la lutte contre la délinquance et la prise en charge du sentiment d’insécurité, s’inscrivant dans cette logique. Il est temps d’agir en amont pour prévenir, plutôt que de toujours apporter des réactions aux situations déjà trop ancrées.

Ce plan d’action propose la mise en place d’une politique de prévention pour éviter à tout prix l’entrée et l’enfoncement dans la délinquance. La Nouvelle Nantes a pour vocation de fabriquer une ville qui protège et agit à hauteur de ses compétences, c’est-à-dire de mettre en place : 

  • une politique de présence humaine en renforçant la police de proximité ;
  • une politique psychosociale de prise en charge des addictions et des troubles psychique ;
  • une politique éducative pour empêcher les jeunes de choisir la voie de la délinquance.

NOS MESURES

LA POLICE DE PROXIMITÉ AU COEUR DE NOTRE VISION DE LA SÉCURITÉ : 

Aujourd’hui, la ville de Nantes compte 235 agents de police municipaux et 330 caméras. Cependant, nous ne croyons pas à une fuite en avant sécuritaire fondée sur l’accumulation de dispositifs technologiques ou répressifs. Notre objectif n’est pas la course au chiffre, ni l’armement, mais une efficacité dans la sécurisation de l’espace. Pour nous, cela passe par une présence réelle, identifiable et rassurante sur le terrain. Pour cela, nous prévoyons une vrai approche de prévention et de médiation basé sur :

  • une augmentation modérée et ciblée de la police municipale, pour atteindre environ 270 à 280 agents, avec un déploiement prioritaire à pied, dans les quartiers et en soirée.
  • la redéfinition des missions de la police municipale : non armée, autour d’îlots à pied, en lien étroit avec les habitants, les commerçants et les associations. 
  • le doublement les effectifs de médiation sociale, de 36 à 72 médiateurs, notamment en soirée et dans les espaces festifs, pour apaiser les tensions du quotidien.
  • un moratoire sur toute nouvelle caméra et lancerons un audit indépendant des dispositifs existants, afin d’évaluer leur efficacité réelle et leur coût.

PROTEGER REELlEMENT TOUT LE MONDE, SANS DISCRIMINATION :

Pour nous, la sûreté des uns, ne peut se faire au détriment des autres.

Les contrôles au faciès et les violences policières sont une réalité documentée et vécue dans le quotidien des nantais.es issu.es des quartiers populaires et/ ou racisé.es. Un jeune perçu comme racisé a 12 fois plus de risques d’être contrôlé, et cela de manière intempestive, et sans motif objectif. Ces pratiques fragilisent la confiance envers les institutions, alimentent un sentiment d’injustice et nuisent à l’efficacité, voire même au recours de l’action policière. Prendre en compte cette réalité est une condition indispensable pour construire une politique de sûreté juste, légitime et acceptée. Face à ce constat, nous défendons :

  • une formation renforcée des agents municipaux aux enjeux de discriminations (racisme, violences sexistes et sexuelles) et de relations avec les populations (médiation, désescalade). Ces formations se doivent d’être continues, obligatoires et intégrées pleinement à la culture professionnelle policière afin de renforcer sa légitimité, sa capacité d’intervention et son ancrage démocratique. 

Cela doit être couplé à : 

  • une mise en place de l’expérimentation du récépissé de contrôle d’identité afin de limiter les contrôles abusifs ou discriminatoires des agents de la police municipale et de la police métropolitaine des transports, donc de protéger à la fois les citoyen.nes et les policiers.

En outre, nous ne pouvons ignorer les préoccupations sécuritaires des femmes qui les poussent de plus en plus à renoncer à certains déplacements. En effet, au niveau national, les femmes déclarent avoir particulièrement peur dans les transports en commun : le sentiment d’insécurité dans les transports concerne 48 % des répondantes (VRS 2024, SSMSI). C’est pour cela que pour répondre à cette problématique spécifiquement féminine nous avons pensé : 

  • la mise en place d’un plan de lutte contre le harcèlement dans les transports qui passe notamment par un déploiement conséquent de médiateurs dans les transports de jour comme de nuit. 

UNE VILLE SÛRE, C’EST UNE VILLE SANS DIFFICULTÉS SOCIALES

L’insécurité dans l’espace public est le produit direct de la misère sociale. Ce que certains appellent “insécurité” est souvent liée à des situations de grande précarité : errance, exclusion, troubles de santé non pris en charge, addictions ou encore le non-accès aux droits. L’espace public devient un lieu de survie pour certains et mène à des tensions, des conflits, et des situations vécues comme insécurisantes pour d’autres.

Il ne s’agit pas de désigner des personnes comme responsables, mais de reconnaître que l’abandon social produit de l’insécurité. Une politique de sécurité efficace ne peut donc se limiter à une réponse policière : elle doit agir en amont, en traitant les causes sociales, sanitaires et économiques qui fragilisent les trajectoires de vie. Ainsi pour traiter durablement les situations d’insécurité et construire un espace public plus apaisé et plus sûr pour toutes et tous, il est nécessaire d’adopter une véritable politique préventive agissant sur : 

LE SANS-ABRISME

Le sans-abrisme est l’une des expressions les plus violentes de l’échec des politiques sociales. Il fragilise à la fois les personnes concernées, mais aussi l’ensemble des usagers de l’espace public. C’est le visage de l’insécurité. Dans le but de restaurer la dignité et réduire l’errance contrainte et ses conséquences : Nous multiplierons les lieux d’accueil sur le modèle de l’espace Agnès Varda à destination des sans domicile. Ces espaces offrent des douches, des laveries, des bagageries sécurisées et une possibilité d’accompagnement psycho-social.

LES ADDICTIONS

La lutte contre la consommation de stupéfiants est un problème de santé publique, mais également de tranquillité dans nos rues. A Nantes, les associations spécialisées tirent la sonnette d’alarme, notamment sur la consommation d’héroïne et de cocaïne qui se matérialise dans l’espace publique par des clusters de matériel type seringue retrouvé ou encore par l’intensification du trafic de drogue. Les interpellations pour consommation de stupéfiants ont bondi de 30% en 2024. Cette situation s’explique notamment par l’explosion de la grande précarité depuis les deux quinquennats Macron : en effet, 60% des usagers de drogues sont sans domicile fixe et 30% n’ont pas de couverture sociale.

Ainsi, face à ce problème de santé publique, nous proposons : 

  • l’implantation d’une Halte Soins Addictions (HSA) pour accompagner les consommateurs dans la réduction des risques et/ou dans l’accompagnement social et sanitaire sur le site de l’Hôtel Dieu, après le déménagement du CHU.
  • proposer un plan de prévention des conduites addictives, de réduction des risques et dommages et de soin aux personnes dépendantes : psychologie, logement, substitution, accès aux soins primaires et ouvertures de structures spécialisées en collaboration avec les associations et le ministère de la Santé.
  • soutenir de manière renforcée les associations locales spécialisées avec un fonds de soutien annuel dédié à l’action associative sur la santé mentale, les addictions et la précarité.

LA SANTÉ MENTALE

Ce que l’on voit aujourd’hui dans les rues nantaises, à toute heure, ce sont les effets d’un système qui laisse des personnes en grande souffrance psychique sans soins, sans suivi et sans solutions. Les difficultés de santé mentale, longtemps invisibilisées, apparaissent aujourd’hui de manière plus visible, touchant de plus en plus de personnes, notamment les jeunes. Cette situation alarmante se doit d’être endiguée par une politique permettant de répondre aux besoins massifs en accompagnement, en soins et en prévention : 

  • le recrutement de plus de médiateurs en santé, pour créer un vrai maillage et une vraie présence sur des plages horaires élargies, avec une attention particulière aux Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV).
  • une augmentation des capacités d’accueil de la maison des adolescents.

LE NON RECOURS AUX AIDES

Le non recours aux aides sociales alimente la pauvreté, l’isolement et les situations de rupture. Pour sécuriser les parcours de vie et empêcher que l’absence de ressources ne conduise à des stratégies de survie illégales ou à des situations de conflits, nous répondrons à l’augmentation des besoins du CCAS :

  • Une augmentation du nombre d’agents, afin d’améliorer l’accueil, l’accompagnement et le suivi, 
  • Une campagne massive d’information à destination des nantais·es sur les aides proposées par les CCAS afin de réduire le taux de non-demande.

POUR LA PROBLEMATIQUE SPECIFIQUE DU TRAFIC DE DROGUE 

Le trafic de drogue est un problème global qui touche de plus en plus l’ensemble du territoire français. Notre ville n’en est pas exclue : ce phénomène s’implante de plus en plus intensément et de plus en plus visiblement. Malgré le fait que ce soit avant tout une prérogative de l’Etat, la ville, à son échelon, peut agir. Une ville de Nantes dirigée par les insoumis.es sera prête à collaborer avec les différentes autorités étatiques pour régler ce problème internationalisé qui touche aujourd’hui notre territoire, mais seulement sous certaines conditions claires :

  • Il faut des solutions efficaces pas des solutions de communications : en finir avec les opérations “place nette” qui sont coûteuses pour peu de résultats
  • Il faut penser des solutions sur le long terme et attaquer les causes profondes : instaurer une collaboration avec les instances judiciaires, notamment en renforçant la police judiciaire pour attaquer les têtes de réseaux avec des enquêtes judiciaires longues et plus poussées, mais qui portent plus leurs fruits sur le long terme.

De plus, le trafic de drogue s’implante dans des zones de désaffiliation sociale, dans des zones délaissées de la République et de la ville. La mairie peut donc agir sur ce point, en réaffectant du social, des perspectives d’avenir dans ces territoires afin d’éviter aux publics fragiles d’être recrutés, ou de tomber dans des addictions. Nous mettrons en place : 

  • de la prévention dans les écoles, collèges, lycées des mécanismes du trafic et du risque des addictions
  • une prise en charge des familles ayant des enfants addictes ou actifs dans le trafic
  • le développement d’initiatives en faveur de l’orientation et de l’accès à l’emploi des jeunes : bourses aux stages, forums, aide à la rédaction de CV et à l’orientation, etc. 
  • un plaidoyer en faveur d’une politique nationale de légalisation des drogues et d’une politique qui privilégie les parcours de soin comme au Portugal afin de bénéficier de tous ces effets positifs (baisse de la délinquance liée aux addictions, désengorgement des tribunaux, endiguement des grosses épidémies liées à la drogue, baisse des conséquences notamment sur les jeunes face au trafic et à l’addiction…).

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